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25-05-2006

Charles XIV Jean de Suède

Jean-Baptiste Jules Bernadotte, né le 26 janvier 1763 à Pau (France), mort le 8 mars 1844 à Stockholm (Suède), eut un destin singulier, passant, en l'espace de vingt-huit ans, d'un modeste grade de sous-officier français, en 1790, au rôle prestigieux, en 1818 de roi de Suède et de Norvège (sous les noms respectifs de Charles XIV Jean (Karl XIV Johan) et Charles III Jean (Carl III Johan)), après avoir été tour à tour, sous le Consulat et le Premier Empire, ambassadeur, ministre, général puis maréchal d'Empire.

Biographie

 

Le militaire

Il était fils d'un avocat. Il s'engagea comme simple soldat en 1780 au régiment de Brassac, et n'était encore que sergent-major en 1789. Après s'être distingué aux armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse, il fut proclamé, par Jean-Baptiste Kléber, général de brigade sur le champ de bataille en 1794, devint peu de mois après général de division, contribua puissamment aux victoires de Fleurus et de Juliers (1794), fit capituler Maestricht et prit Altdorf (1795). Chargé en 1797 de conduire à Napoléon Bonaparte en Italie 20 000 hommes de l'armée de Sambre-et-Meuse, il rivalisa d'ardeur avec le jeune général, et, quoiqu'il éprouvât peu de sympathie pour lui, soupçonnant ses desseins ambitieux, il le seconda de tout son pouvoir : il eut une part glorieuse au passage du Tagliamento, prit Gradisca, Trieste, Laybach, Idria, et vint après la campagne présenter au Directoire les drapeaux enlevés à l'ennemi.

Ambassadeur à Vienne de février à avril 1798, il y excita une émeute pour avoir arboré le drapeau tricolore, et quitta bientôt Vienne, parce qu'on lui refusait des réparations. Porté au ministère de la guerre du 3 juillet au 14 septembre 1799 par l'influence de Barras après le 30 prairial, il passa alors pour « l'épée » des néo-Jacobins en cas de coup d'État et réorganisa en 2 mois (2 juillet-11 septembre 1799) les services qui étaient dans un état déplorable ; déjà il avait rappelé la victoire sous nos drapeaux quand il fut écarté par une intrigue de Sieyès : il démissionne. Il fut envoyé par les consuls à la tête de l'armée de l'Ouest dans la Vendée (1800) : il sut par ses habiles dispositions empêcher les Anglais de débarquer à Quiberon et rétablir la tranquillité dans le pays. Il est compromis par la conspiration des « libelles », dite aussi des « pots de beurre » montée par le général Simon, son chef d'état-major. Fouché étouffe l'affaire, mais Bernadotte est privé de son commandement. Resté neutre lors du 18 Brumaire, auquel il avait refusé de concourir, il est cependant choyé par Bonaparte, car il a épousé Désirée Clary, sa première fiancée et la belle-sœur de Joseph Bonaparte.

L'Empire

En 1804, il reçut de Napoléon le bâton de maréchal, avec le gouvernement du Hanovre ; il forma dans ce pays un corps d'armée, à la tête duquel il exécuta plusieurs glorieux faits d'armes : ainsi, en 1805, il rétablit dans Munich l'électeur de Bavière Maximilien Ier de Bavière, allié de la France, et conquit le pays de Salzbourg. Présent lors de la bataille d'Austerlitz, il reste inactif, alors qu’il aurait pu enfermer la droite russe et compléter ainsi la victoire. Il reçut la principauté de Pontecorvo en 1806. Lors de la journée d’Iéna-Auerstaedt, il fait des allers-retours entre les deux champs de bataille proches sans participer à aucune. Il battit ensuite les Prussiens devant Halle et à Lubeck, où il fit Blücher prisonnier ; puis, marchant sur la Pologne, passa la Vistule, occupa Elbing, Braunsberg, et défit les Russes à Mohrungen et à Spanden sur la Passarge, où il fut grièvement blessé (1807).

Nommé, après sa guérison, gouverneur des villes hanséatiques, et chargé d'opérer contre la Suède, il suspendit les hostilités dès qu'il eut appris qu'une révolution avait précipité du trône Gustave IV de Suède, seul hostile à la France (13 mars 1808) ; cette conduite loyale lui concilia l'estime et l'affection des Suédois, mais elle paraît avoir excité le mécontentement de Napoléon Ier, dont elle contrariait les projets. Bernadotte, pour lui, ne brille guère sur les champs de bataille : il reste inactif à Austerlitz, Auerstaedt, arrive après la bataille à Eylau.

En 1809, il commanda le corps, composé en grande partie de Saxons, et contribua puissamment avec eux à la victoire de Wagram; mais il se retira après la bataille, ne trouvant pas que l'Empereur eût dans ses bulletins rendu justice à ses troupes. Napoléon le met à l'écart. Fouché lui obtient l'armée de l'Escaut à la fin de juillet 1809. Il n'en fut pas moins chargé de repousser les Anglais débarqués à Walcheren (juillet 1809) ; il accomplit en 60 jours cette difficile mission. Malgré ce nouveau succès, il se vit encore une fois privé de son commandement : l'Empereur lui enlève l'armée de l'Escaut dès septembre.

Prince de Suède

Il était en disgrâce complète lorsqu'un trône lui fut offert. Il devient prince royal de Suède Charles XIV Jean le 21 août 1810, adopté par le roi Charles XIII n'ayant pas d'enfant, les états généraux d'Oerebro élirent le maréchal Bernadotte prince héréditaire de Suède. Il partit avec l'assentiment de Napoléon qui accepta ce choix, espérant tenir ainsi un allié solide au nord de l'Europe. Certains observateurs expliquent partiellement cet agrément par le fait que le maréchal avait épousé Désirée Clary, ancienne fiancée du jeune Bonaparte.

Il consentit d'abord à seconder la politique de l'Empereur et accéda même au blocus continental ; mais au commencement de 1812, les troupes françaises ayant envahi le territoire suédois, il rompit avec Napoléon. Loin de se révéler l'allié escompté par l'empereur, le nouveau prince héritier préféra jouer avant tout la carte de son royaume. Voyant l'Empire ébranlé, il favorisa, en 1813, l'entrée de la Suède dans la coalition contre la France, se révélant comme un général de talent.

Nommé généralissime de l'armée du Nord, le prince royal débarqua à Stralsund avec 30 000 Suédois, vainquit Oudinot à Gross-Beeren (23 août 1813), Ney à Dennevitz (6 septembre 1813), et eut une part décisive à la bataille de Leipzig (1813) ; toutefois, il ne pénétra pas à main armée sur le territoire français, se garda de faire marcher ses armées jusqu'en France, et s'arrêta sur les bords du Rhin ; il tenta même, mais inutilement, de déterminer Napoléon Ier à la paix, et de détourner les alliés de passer le Rhin.

Il caressa l'espoir de remplacer Napoléon sur le trône impérial, perspective à laquelle le tsar Alexandre Ier n'aurait pas été hostile, dans le cadre d'une sorte d'« échange » qui aurait vu l'un de ses neveux accéder au trône de Suède. Cette combinaison, si elle est avérée, n'eut pas de suite. Le Congrès de Vienne, ayant préféré entériner la Restauration des Bourbons en France, retira la couronne de Norvège au royaume de Danemark pour l'offrir aux souverains suédois.

À peine de retour en Suède, où il fut reçu avec enthousiasme, il marcha sur la Norvège, dont la possession lui avait été assurée par les alliés, et s'en rendit maître en 15 jours (1814).

Roi de Suède

Le 5 février 1818, l'ex-maréchal Bernadotte devint roi de Suède et de Norvège sous le nom de Charles XIV Jean. Charles-Jean ne s'occupa plus que de faire prospérer ses États; il cimenta l'union des Suédois et des Norvégiens, tout en laissant à chacun des deux peuples sa constitution propre, développa l'instruction publique, l'agriculture, l'industrie et le commerce, et réunit, par le canal de Gothie, l'Océan et la Baltique (1822). II avait pris pour devise : L'amour de mon peuple est ma récompense; il mérita en effet d'être chéri des Suédois.

On a publié sa Correspondance avec Napoléon de 1810 à 1814, Paris, 1819, et un Recueil de ses Lettres, proclamations et discours (Stockholm, 1825). Son Histoire a été écrite par Touchard-Lafosse, 1838, et par Bernard Sarrans, 1845.

Ses descendants règnent encore sur la Suède.

Anecdotes

Il est rapporté que, de son vivant, Charles XIV Jean n'aurait laissé aucun médecin l'examiner torse nu. On en aurait découvert l'explication lors de sa toilette funèbre : cet ancien soldat de la République aurait en effet été porteur d'un tatouage disant « Mort aux rois ! »

L'université suédoise de Chalmers à Göteborg lui a rendu hommage en faisant sienne sa devise en français : « Avancez ! ».

Bernadotte, alors jeune soldat de corps de garde à Paris, reçut en 1780, un legs de dix louis du poète Nicolas-Joseph-Laurent Gilbert.

Texte tiré de l'encyclopédie libre Wikipédia
© Copyright auteur(s) de Wikipédia Source : Bernadotte

Cet article est sous licence GFDL

Dernière mise à jour : ( 25-05-2006 )
 
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